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La Vingt-Cinquième Heure décrit les tribulations d'un jeune paysan roumain, Iohann Moritz, qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, est successivement décrété juif et persécuté comme tel, torturé comme Roumain par les Hongrois, «sauvé», en tant qu'Allemand de souche, par les nazis, enfermé dans un camp de concentration par les Américains comme nazi... Symbole appuyé d'une humanité crucifiée par le cours de l'histoire, cet innocent, ce pur ne rêve que de vivre de son labeur dans son village, parmi les siens «Des êtres humains qui n'étaient coupables de rien pouvaient être légalement arrêtés, torturés, affamés, dépouillés et exterminés [...]. Les hommes qui sont encore des hommes sont obligés de se cacher. L'homme a été réduit à [...] la dimension sociale», écrit Gheorghiu dans ce roman qui porte la marque du combat militant contre le «communisme athée»: l'auteur considère le collectivisme soviétique comme l'incarnation la plus radicale de ce monde sans Dieu du machinisme, du technicisme et du «tout-histoire». Pour le reste, la démocratie n'est pas une valeur suffisante pour incarner une alternative au «péril rouge»: «Arriver à confondre la démocratie avec le sens même de la vie, c'est tuer la vie de l'homme et la réduire à une seule dimension», écrit-il dans ce récit largement autobiographique d'une dérive européenne Ambigu est le parcours de ce «poète du Christ et du peuple roumain»: il fait des études dans des collèges militaires roumains, à la faculté des lettres de Bucarest, puis apprend la théologie à Heidelberg, en Allemagne. Entre-temps, il est fonctionnaire au ministère roumain des Affaires étrangères, de 1942 à 1943, sous le régime pronazi du général Antonescu. Exilé volontaire après l'occupation de la Roumanie par l'armée soviétique en août 1944, il finit par s'installer en France en 1948. Il est ordonné prêtre de l'Église orthodoxe roumaine en 1963, puis patriarche en 1971 Trois ans après la parution de la Vingt-Cinquième Heure, à l'occasion de la sortie d'un autre livre, la Seconde Chance, un scandale éclate: avant de quitter la Roumanie, Virgil Gheorghiu avait écrit un ouvrage, non traduit en français, qui conspuait «le Juif malfaisant» et faisait l'éloge du soldat hitlérien. Le philosophe Gabriel Marcel, qui avait écrit la préface de la Vingt-Cinquième Heure, exige qu'on la retire des éditions à venir. Gheorghiu quitte la France pour l'Argentine, le temps de se faire oublier. En 1966, son best-seller est adapté au cinéma par Henri Verneuil. Jamais il ne désavouera clairement ses écrits antisémites. Pourtant, Gheorghiu écrit, dans Mémoires, le Témoin de la Vingt-Cinquième Heure (œuvre parue en 1986), à propos des pogroms commis en Roumanie par les Gardes de fer fascistes: «J'ai honte de moi. Honte parce que je suis roumain, comme les criminels de la Garde de fer.» Le témoin de la Vingt-Cinquième heure, «celle qui arrive trop tard», confesse également, dans ce dernier livre, «[c'est] mon œuvre capitale, selon laquelle je serai jugé, dans la postérité, par les hommes, et, au Jugement dernier, par Dieu» |
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